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Au Sénégal, pour qui sonne le glas?

Posté par: Danfakha Talan Négué Tamba| Lundi 03 décembre, 2012 21:52  | Consulté 1380 fois  |  0 Réactions  |   

Le brillant sociologue sénégalais Malick Ndiaye est l’auteur d’un tout aussi excellent livre qui traite de l’esprit Ceddo (comportement fort répandu dans notre pays) ; dans cet ouvrage il résume, en gros, ce qu’il appelle l’esprit Ceddo, par la facilité avec laquelle nos compatriotes aiment à se jeter sur ceux qui sont déjà à terre pour les rouer de coups. Cet acharnement, incompréhensible ou obsessionnel, à «détruire» les perdants est, fort malheureusement, d’une brulante actualité avec l’insatiable désir du régime du Président Macky Sall à humilier les partisans de l’ancien Président Abdoulaye Wade défait par les urnes.
En 2002, les Lions du football ont réussi à réaliser des exploits exceptionnels, en parvenant, pour la première fois, à la finale de la coupe d’Afrique des nations et de la Coupe du monde de football et, suprême accomplissement, en se hissant aux quarts de finale de cette dernière compétition ; à leur retour au pays, ils eurent, certainement, beaucoup de déceptions face aux critiques de tous ordres qu’ils essuyèrent de toute part.

On connaît la suite avec le limogeage de l’entraineur et le sort injuste fait à certains joueurs. Aujourd’hui, c’est Karim Wade qui continue de faire les frais de ce suspect comportement qui consiste à ne jamais reconnaître les mérites et les efforts accomplis par d’autres différents de... nous. Hier, on lui reprochait de s’emparer du pouvoir des mains de son père et, maintenant, il s’agirait de lui faire rendre gorge. Comme si la construction des ponts, des tunnels ou des infrastructures pouvaient se faire sans mal pour les décideurs qui y présidaient, sans convictions fortes de ce qui s’y consacraient, comme si de tous les efforts accomplis par l’équipe sortante, il ne resterait plus que fumées et ombres.
Indices et preuves qui démontrent, s’il en était encore besoin, de l’urgence à changer nos façons de faire et de penser, de juger ou de comprendre le réel.
Après tout si les Sénégalais, dans leur écrasante majorité, ont voté pour le Président Macky Sall n’était-ce pas parce que, de tous les candidats, il était celui qui avait le plus de respect et montré le plus de retenue pour le Président Wade ? Et si, aujourd’hui, on assiste à une chasse aux sorcières, à un retour de la violence d’Etat sur les citoyens libres, à un bras de fer politico juridique entre les vainqueurs et les vaincus, n’y a-t-il pas comme une odeur de trahison du Peuple de ce qu’il a voulu par delà tout : le retour de la paix et de la stabilité afin de mettre le pays au travail dans la concorde et le respect mutuel.
Malheureusement, je constate que trop d’amateurs se sont engouffrés dans la politique qui s’y essaient, sans armes et sans méthodes, nous donnant ce spectacle désolant qui menace les fondements de notre démocratie. La politique est une affaire sérieuse pour des gens sérieux.
Car, la politique est un art et une science complexe où ceux qui ont raison finissent, presque, toujours, par mordre, prématurément, la poussière. La raison de ce paradoxe désolant vient de ce que la politique s’occupe, principalement, de gérer les rapports de force et non de savoir ce qui est le mal ou ce qui est le bien.
La vérité, en politique, appartient au plus fort ou au plus malin et non au plus juste, ni au plus véridique. Nous oublions, trop souvent, que la politique est une pratique de «guerriers, de seigneurs», il faut être fort et puissant, résistant et dur, lucide et déterminé pour y survivre, pour y triom­pher durablement. Les peuples peuvent souffrir, jusqu’à l’extrême limite, de l’oppression des tyrans, mais les peuples savent, aussi, être sans pitié, voire tyranniques, pour les dirigeants faibles qui s’évertuent à satisfaire tous leurs désirs. On ne peut pas, en tant qu’acteur politique exerçant une autorité étatique, avoir le souci, constant, de plaire, il faut savoir agir dans le sens de l'intérêt général au risque de faire mal et de devenir impopulaire
A mon humble avis, le Président Macky Sall est en train de prendre une pente dangereuse pour son avenir politique avec le défilé des anciens caciques du système Wade devant la gendarmerie nationale.
Loin de moi l’idée de prôner l’impunité, mais, en vérité, ma préoccupation est de savoir où est la priorité pour notre Peuple : dans la mobilisation des forces vives, de toutes les forces vives pour créer de nouvelles richesses, plus abondantes ou de courir le risque de cultiver de la haine, de la division pour récupérer des «richesses» dont on ne peut être sûr ni du montant exact, ni de notre capacité à pouvoir les récupérer.
Dans le débat actuel sur la nécessité de faire la lumière sur la façon dont le système Wade a pu utiliser les fonds publics durant ses douze années de pouvoir, il y a beaucoup de naïveté et d’irresponsabilité dans le camp des nouveaux vainqueurs.
Je pense, modestement, en supposant qu’il y ait eu enrichissement illicite, qu’il ne peut y avoir que deux conclusions possibles pour les auditeurs, enquêteurs ou inspecteurs mobilisés : les fautifs ont détourné de l’argent du Trésor public ou l’origine de leur fortune est illégale et non avouable.
Dans le premier cas, il faudra non seulement emprisonner les concernés mais leurs complices dans l’Administration, ce qui ne manquera pas de renforcer le camp des mécontents qui, plutôt, que de rester dans une situation passive vis-à-vis du Président Macky Sall le combattraient plus activement. Or, le Président Macky Sall est assis sur une poudrière politique, ses alliés ne le sont que de circonstance ; à la moindre occasion ils lui feront défaut. Dès lors, le Président pourrait finir son mandat actuel dans un combat pour sauver sa peau au lieu d’avoir à mettre son programme en œuvre.
Dans le deuxième cas, il sera, juridiquement, difficile de condamner les personnes récriminées faute de preuves suffisantes pour ce faire. Le Peuple comprendra-t-il, alors, l’impasse juridique ? Les alliés ne risquent-ils pas de peser sur une issue décevante pour prétendre qu’en, réalité, le Président Macky Sall ne pouvait, vraiment, pas s’en prendre au système Wade au motif qu’il en est lui-même issu ?
Mais il y a une menace plus grave, encore, qui pèse sur le processus «de vindicte populaire» en cours ; si, comme on peut le penser, le système judiciaire n’est pas exempt de reproches, s’il était possible qu’avec de l’argent on peut, toujours, s’acheter des verdicts favorables, pourquoi devrait-on penser que les juges iraient jusqu’au bout de potentielles trouvailles si, en pliant l’échine, ils avaient la possibilité de se remplir les poches… impunément ?
Dans ce cas, aussi, le Peuple et les alliés comprendront-ils que le Président soit si «impuissant» face à ses juges et ne s’empresseraient-ils pas alors à le suspecter de complicité ou d’indulgence coupable ? Dans un cas comme dans l’autre le risque est là de voir le Président fragilisé. Est-ce de cela dont nous avons besoin en ce moment ?
Quoique les tenants de l’ancien régime ait pu soustraire des caisses de l’Etat, notre pays perdrait encore plus en essayant de les humilier ou de leur faire rendre ce qu’ils sont censés avoir pris. La meilleure des punitions en démocratie est la défaite électorale, vouloir aller plus loin que cela est contre productif pour tous.
Si ceux que nous suspectons, au­jourd’hui, de tous les pêchés du monde ont pu tomber aussi bas que nous pouvons l’imaginer c’est parce que les systèmes mis en place n’avaient pas fonctionné : les fonctionnaires n’ont pas osé dire non à un Président ou à un ministre partisan alors qu’ils avaient l’obligation morale de ne servir que l’Etat, des juges ont cherché à faire plaisir à des politiciens plutôt que de dire le droit selon leur conscience et selon ce que le Peuple pouvait attendre d’eux. 
Avons-nous, vraiment au Sénégal, les moyens de gagner les uns contre les autres ?
Et, n’est-il pas arrivé le moment de s’attaquer à nos véritables plaies au lieu de nous acharner à n’en faire disparaître que la seule puanteur ?
En conclusion, j’aimerais inviter les uns et les autres à plus de responsabilités et de retenues, à plus de lucidité pour éviter à notre pays de nouvelles situations de conflits et de mésententes stériles. Et si, tous ensemble, nous prenions conscience que les petites querelles politiciennes ne font qu’enfoncer, chaque jour, un peu plus notre jeunesse dans le déni de soi, dans de perspectives plus sombres et noyer, encore plus, notre Peuple dans un océan de pauvreté et de manque insoutenables ? Et si l’avenir, celui de nos enfants, était dans l’unité et non dans la division, dans la création de conditions favorables au travail et non dans les déchirements fratricides pour des miettes ?
Le nouveau régime a-t-il, vraiment, les moyens de jouer aux «purificateurs» sans risques pour lui et, dans le même temps, de satisfaire la demande sociale ? Car, pour moi, les moyens de construire le Sénégal, ne viendront pas du gouvernement mais des durs labeurs des citoyens et qui pour, ce faire, ont besoin d’un pays où la confiance et le respect mutuel existent. Pensons-y.
Que Dieu Bénisse le Sénégal

 L'auteur  Danfakha Talan Négué Tamba
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Danfakha Talan Négué Tamba
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